Achrafieh n’a jamais appartenu à un seul monde. Grecs-orthodoxes et maronites, Arméniens et Syriaques, sunnites et chiites, Levantins et Français et, depuis peu, Golfe et diaspora : le quartier a passé deux siècles à réunir autour d’une même table des gens qui ne prient pas, ne parlent pas et ne comptent pas de la même façon — et à conclure malgré tout.
C’est une compétence particulière, et elle n’a rien de sentimental. Elle consiste à lire une pièce où coexistent quatre traditions juridiques, trois langues et deux conceptions de ce que vaut une poignée de main. Elle consiste à savoir quelle garantie l’actionnaire du Golfe exigera avant que le fonds européen n’écoute quoi que ce soit, et dans quel ordre. Dans cette région, la plupart des opérations n’échouent pas sur les chiffres.
Eos est l’autre moitié. Dans le mythe grec, c’est elle qui ouvre le jour : elle ne fait pas le soleil, elle le précède, et son arrivée annonce à tous ce qui vient. C’est le rôle que nous prenons sur un dossier — voir le coup suivant tant qu’il est encore possible de le choisir, plutôt que l’expliquer après.
Un carrefour et une première lumière. Tout ce que nous faisons tient entre ces deux-là : anticiper, et traduire entre les mondes qui doivent s’entendre.